Co-fondateur des Cuistots Migrateurs, Louis Jacquot revient sur le parcours qui l’a amené à créer les Cuistots Migrateurs. Comment l’engagement et les valeurs humaines s’incarnent et portent un projet entrepreneurial ? Entretien.
Comment s’est construit le projet des Cuistots Migrateurs ?
Avec mon associé, Sébastien Prunier, nous voulions construire un projet qui puisse réunir notre goût pour la cuisine et notre volonté d’avoir un impact social. Nous ne connaissions pas très bien le secteur de la restauration, au-delà d’une passion personnelle pour la gastronomie, et nous avions simplement envie d’apporter quelque chose de positif à la société.
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L’actualité de l’époque, les premières crises migratoires, nous a, comme beaucoup, marqué. Nous voulions aider. Le point de départ ou l’étincelle a été de se dire que ces hommes et ces femmes qui arrivaient en France avaient une culture à partager.
Comment avez-vous abordé les problèmes que rencontrent les réfugiés à votre projet ?
Déjà, nous avons dû apprendre ce que signifiait réellement le statut de réfugié. Beaucoup de gens parlent d’immigration et de réfugiés sans connaître la réalité derrière ces termes. Qu’est-ce que cela veut dire en matière d’embauche ? Quelles sont les conditions pour qu’un réfugié puisse travailler ? Peuvent-ils avoir une sécurité sociale et un compte en banque ? Nous sommes donc allés voir des associations comme France Terre d’Asile et Singa. Nous avons fait beaucoup de belles rencontres qui ont mis des visages derrière le terme de « réfugiés ».
Je me souviens d’un afghan qui s’était improvisé boulanger dans la jungle de Calais avec un four tandoor fait maison... Toutes ces rencontres nous ont petit à petit permis de mûrir les contours des Cuistots Migrateurs.
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Pourquoi avoir choisi de proposer des CDI ?
Nous voulions offrir de la stabilité. Finalement, pour un salarié, la stabilité se traduit par un contrat à durée indéterminée (CDI). C'était aussi le retour de toutes les associations que nous avions rencontrées : le CDI permet de se loger, d’arrêter d’être déplacé tous les six mois et de reconstruire sa vie. Du coup, c’est devenu une pierre d’angle de notre projet.
Ce type de conviction et de prise de position se conjugue-t-il facilement avec l'entreprenariat ?
Tout n’a pas été simple. Lorsque l’on veut donner à son entreprise ce type d’engagement, il faut concilier impact social et viabilité économique. Cela rend le projet plus riche et intéressant mais il peut nécessiter un peu plus de travail et de patience. Et il ne nous exonère pas des déconvenues. Mais comme pour toute entreprise !
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Peux-tu nous donner un exemple ?
Nous n’avons jamais pu engager le boulanger afghan que nous avions rencontré à Calais car il n’avait pas le statut de réfugié statutaire (il était demandeur d’asile). Pour pouvoir travailler légalement en France, il faut avoir des papiers. Cela n’est possible qu’avec le statut de réfugié.
Nous pensions aussi, un peu naïvement, trouver facilement des cuisiniers expérimentés. En réalité, beaucoup savaient faire la cuisine et avaient des connaissances des gastronomies de leur pays mais ils n’avaient pas d’expérience professionnelle et peu parlaient français. Il a donc fallu former, accompagner, expliquer.
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Même s’ils ont tous toujours été très volontaires, cela demande de la souplesse de la part de l’entreprise. Il y a les démarches administratives, les rendez-vous, la barrière de la langue. Nous devons tenir compte de ces réalités.
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Avez-vous bénéficié d’aides publiques ?
Les Cuistots Migrateurs n’ont jamais bénéficié d’aides publiques. Le développement de l’entreprise s’est fait uniquement grâce à l’activité. En revanche, L’école Des Cuistots Migrateurs, en tant qu’association, a bénéficié d’aides publiques.
Comment est née l’École des Cuistots Migrateurs et peux-tu nous expliquer la différence avec les Cuistots Migrateurs ?
Dans la restauration, il est difficile de recruter. Beaucoup de gens sont prêts à travailler mais la plupart manquent de formation ou de connaissance de la langue française pour exercer en cuisine, ou alors restent cantonnées à la plonge. Aux Cuistots Migrateurs, nous avions en plus le sentiment de ne pas pouvoir accompagner assez de personnes réfugiées : après plusieurs années, notre entreprise accueillait une quinzaine de CDI. C’est une immense fierté, mais une goutte d’eau par rapport aux besoins des réfugiés.
Pour toutes ces raisons, fin 2020, nous avons créé L’Ecole des Cuistots Migrateurs. C’est une association reconnue d’utilité publique qui forme gratuitement les réfugiés aux métiers de la cuisine et au français professionnel. Elle permet d’augmenter l’impact social et de répondre à la pénurie de main-d’œuvre dans la restauration.
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Quel est ton plus beau souvenir humain dans l’aventure ?
Faaeq, notre premier salarié, est arrivé sans expérience, ni maîtrise de la langue française. Aujourd’hui, il est second de cuisine, propriétaire de son appartement et il voyage en Europe.
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Comment décrirais-tu les Cuistots Migrateurs en un mot ?
Rencontres.
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Crédits photos : Corentin FOHLEN et Guillaume Czerw